Je crois, chère Nelly, que ton principal problème sera le maintien d'une température acceptable et d'une hygrométrie suffisante pendant les chaleurs de l'été. L'ombrage est absolument primordial, bien entendu, mais la frondaison d'un arbre ou des claies ne suffiront pas, loin de là ! Tu peux t'attendre à devoir employer la microbrumisation, qui, à la fois, abaisse la température et augmente l'hygroscopie. Dans le Gard, pendant le plus clair de l'année, toute admission d'air extérieur sec est à proscrire, il vaut bien mieux, comme cela t'a été dit avant moi, privilégier alors la circulation d'air intérieure.
Dans son ouvrage Les Orchidées, Maurice Vacherot écrit, p. 36 : "Ainsi qu'il a déjà été mentionné dans les pages précédentes, la nature même des orchidées implique la vie dans une atmosphère humide, ce point a, pour leur culture, une importance au moins aussi grande que le maintien d'une chaleur convenable." J'ai connu M. Vacherot jusque dans les derniers mois de sa vie, son plus grand plaisir était alors (je veux dire après son attaque cérébrale dont les séquelles limitaient considérablement ses déplacements), de se promener le soir dans ses serres, quand il n'y avait plus de clients. Il m'a dit une fois, de son élocution devenue difficile, je l'entends encore, en me désignant de sa canne une suspension fleurie, dont j'ai oublié le nom "C'est beau comme le jour, n'est-ce pas ? Ce n'est possible d'obtenir cette beauté que dans l'humidité d'une serre, à moins d'habiter sous les tropiques... Je regrette de n'avoir pas assez insisté dans mon livre sur l'importance de l'humidité atmosphérique... Elle est en fait plus importante que la température ...!" Marcel Lecoufle, qui vient de fêter ses cent ans, a écrit dans un de ses traités qu'il est souhaitable d'atteindre dans une serre le point de saturation hygrométrique... Si tu m'en laisses le temps je peux te retrouver la référence exacte, avec tout son contexte. Mais, bien entendu, le mouvement de l'air est de première importance, sinon gare aux pourritures !
Le même discours sur l'hygrométrie m'a constamment été tenu par les horticulteurs de Flandre (en Belgique, je suis flamande de naissance), notamment par les jardiniers de la célèbre maison Sanders, à Saint-André-lès-Bruges, maintenant disparue, et par M. Deconinck (ou peut-être est-ce De Koninck, je ne sais plus) de Gand. Ce dernier (qui avait aussi fait une attaque quand je l'ai connu !) m'a dit, en souriant à peine "Si vous ne pouvez pas avoir une bonne hygrométrie, vous serez plus heureux en cultivant des cactus !".
Sans aller jusqu'à la saturation, je dirai que 60 à 70 % d'hygrométrie relative est un bon chiffre. La variation de l'hygrométrie au cours du nycthémère est aussi une bonne chose (plus élevée la nuit), idem pour la température (plus élevée le jour).
Voilà, c'est fini pour aujourd'hui ! Si je me sens d'attaque nous parlerons une prochaine fois d'une autre de tes préoccupations. Mais tu as déjà reçu vraiment beaucoup d'excellents conseils de pas mal d'orchidouxdingues...
Yvette
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