Salut les Douxdingues,
Vous qui êtes toujours à l’affut des curiosités végétales, je vous propose une balade virtuelle dans ma Champagne natale pour venir découvrir un endroit insolite, que certains d’entre vous connaîtront peut-être déjà.
Je vous invite donc à pénétrer virtuellement avec moi en forêt de Verzy. Nous quittons donc les coteaux viticoles, où l’effervescence rèqne à la période de la taille, et nous permettra bientôt de goûter celle d’une bonne flûte, pour nous enfoncer sous la hêtraie-chênaie du plateau. Et quelques centaines de mètres passés la lisière, les hêtres commencent à prendre de curieuses formes :

Sous la canopée, de curieuses architectures nous interpellent. Ces arbres appartiennent à l’espèce des hêtres communs (
Fagus sylvatica), mais ils poussent tortueux. Ces arbres, vieux de plusieurs décennies, voire peut-être de plusieurs siècles, ne dépassent que rarement les 10 mètres, mêmes si quelques rares culminent à une vingtaine de mètres.

Plutôt que de grimper le plus vite possible vers la lumière, comme leurs congénères, ces arbres voient leurs branches retomber vers le sol en formant des dentelles sinueuses. Elles tournent, elles virent, fusionnent entre elles au point de former des dômes que même la lumière n’arrive plus à pénétrer, ne laissant que les mousses qui s’accrochent aux troncs humides pour survivre sous ces parasols impitoyables.

Et lorsque les branches de plusieurs individus se rejoignent, elles fusionnent également pour créer des superstructures continues qui ne sont plus qu’un seul et même arbre, à la fois nains par leur hauteur, et géants par leur emprise au sol. Et lorsque les branchent arrivent au sol, elles s’enracinent et forme de nouveaux dômes, qui viendront encore une fois de fondre dans les autres.

Ces arbres sont-ils possédés ? Certains ont dû le penser, puisque le site abritait autrefois l’abbaye de Saint Basle, dont il ne reste aujourd’hui plus rien. D’aucuns ont avancé que cette abbaye avaient été placée sur place pour contenir le Malin, qui aurait prix possession des faux (ancien nom donné au hêtre). D’autres pensent que, plus malins que ça, les moines se seraient intéressé à cette curiosité botanique, tentant de les cultiver, de les multiplier, allant jusqu’à les exporter vers d’autres monastères. On a ainsi recensé d’autres populations de faux tortillards en Pologne, en Allemagne ou dans d’autres localités de France (en Lorraine, notamment). Verzy compte cependant la plus grosse population de faux tortillards, puisque près de 800 faux ont été recensés sur une surface de 57 ha. Il ne reste aujourd’hui de l’abbaye et de l’influence des moines sur la population de faux, qu’un vague document donnant l’emplacement de l’abbaye.

Que le diable habite les faux ou non, ces arbres recèlent encore bien des mystère, le premier étant l’origine de ce caractère si particulier. On a longtemps pensé à une mutation. Mais il existe aussi quelques individus tortillards de chênes et de châtaigniers. On a alors pensé à un virus, mais le caractère faux ne semble pas contagieux. Pas même envers la descendance directe de ces arbres, qui, lorsqu’exceptionnellement ils donnent des graines, donnent rarement des individus tortueux. Les chênes tortueux, eux, fructifient très abondamment, mais il semblerait qu’aucun gland n’ai jamais germé. Et le plus curieux : certains de ces arbres semblent avoir obtenu le pardon divin, puisque certaines branches, par un hasard de la génétique, reprennent une croissance tout à fait normale, redonnant un hêtre tout à fait ordinaire, perché sur son dôme de dentelle. Ce phénomène étrange reste complètement inexpliqué, et certaines de ces «réversions» régressent même parfois pour redevenir tortueuses.

Ces arbres ont toujours occupé une place spéciale dans la vie des habitants locaux. Le bal du premier mai, par exemple, jusqu’il y a quelques décennies, était donné sous les faux. Il était courant de se marier sous le faux sous lequel on s’était rencontré, et ces dômes ont sans aucun doute protégé certains couples audacieux des regards indiscrets...
Attirant plus de 120 000 visiteurs par an, ces curieux arbres ont très vite été menacés par le piétinement et la pression du public. Le site a aujourd’hui été classé en réserve biologique, et les visiteurs ont été canalisés sur des sentiers aménagés et labellisés «sentiers tout handicap». Les faux s’offrent ainsi aux regards curieux, à l’abri des visiteurs, dans leur écrin forestier.

Le caractère mystique de cette drôle de forêt ne cesse pas d'inspirer les âmes vagabondes :

Gérée depuis très longtemps par l'Office national des forêts, les Faux de Verzy, associé au prestige des coteaux viticoles tout proches, ont conduit à classer cette forêt au label "Forêts d'exception", qui a pour objectif de financer la protection et l'aménagement des lieux, et promouvoir les lieux auprès des visiteurs, toujours plus nombreux.
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