Ce matin je faisais ma promenade journalière quand je me suis arrêtée devant un petit saule avec un écureuil dedans. Un petit noir avec les touffes sur les oreilles, un plastron blanc. (C'est rigolo, j'ai appris dernièrement que les Américains estiment avec désapprobation que les gros écureuils gris ont été envoyés par l'Europe pour les envahir, alors qu'en France on dit que les gros gris nous viennent de l'Amérique. Soupir...) Il montait et descendait dans le saule, sautant d'une branche à l'autre, surtout à l'intérieur de l'arbre.
Comme j'ai pris le temps de l'observer, je voyais bien que de temps en temps, il s'aventurait vers les extrémités, là où les branches sont minces, mais très souples. Je me disais qu'il lorgnait sur le petit saule qui était à côté, mais sauter d'une extrémité de branche mince à une autre extrémité de branche mince, c'est très acrobatique, et pas pour les mauviettes, on peut dire.
Il faisait son va et vient, et à un moment, il s'est ramassé, et il a sauté pour arriver sur l'autre arbre. J'étais contente pour lui. Et lui aussi, il était manifestement très content de lui, et très fier d'avoir réussi son exploit. Il avait du courage. Il a pris des risques. Il faisait son petit monologue d'écureuil qui manifestement ne m'était pas adressé. On sait quand on est l'objet d'une adresse ou pas... Il parlait pour lui. C'était comme une vocalise, un ronron sonore.
Après, il a couru le long des branches dans l'autre arbre, et à un moment donné, il est monté très haut dans l'arbre. Là, je n'ai pas complètement réussi à voir ce qui s'est produit, mais ou bien il s'est lancé en l'air du haut de l'arbre, ou il a glissé en loupant une prise, et il a dégringolé pour faire un gros plouf sur le ventre dans les herbes hautes en bas. Il a détalé plus vite qu'un lapin pour monter dans un arbre beaucoup plus loin.
En voyant ça, je me suis encore émerveillée de voir comment les bêtes sont capables de jouer avec peu. De leur ... imagination, de leur joie de courir le long des branches et faire des sauts élancés. En effet, ça doit être jouissif de se lancer de branche mince en branche mince en descendant la montagne, par exemple. Très jouissif. Beaucoup d'adrénaline dans ce jeu là, peut-être...
Je regrette qu'un certain discours scientifique que je trouve inutilement réducteur nous fasse miroiter que les bêtes (et nous...) avons toujours Une Bonne Raison Utile pour faire ce qu'elles font/ce que nous faisons. Cela n'agrandit ni les bêtes, ni nous, d'ailleurs...
Il y a longtemps, j'ai réalisé que j'avais envie de jouer comme ça, comme peuvent jouer les bêtes : sans argent, sans matos, juste avec leur environnement, et ce qu'elles ont sous la main, ce qu'elles sont, même. Ce n'est pas à dire que je n'aime pas jouer autrement, mais il y a quelque chose de particulier dans le fait de pouvoir jouer ... en dehors des contraintes ou les offres de la civilisation, par exemple. Et j'ai réussi à le faire, à ma satisfaction maintenant. Bien sûr, je ne cours pas sur les branches pour m'élancer comme l'écureuil, (mais je le voudrais bien), mais il y a d'autres possibilités quand on se met à chercher, si on en a envie. Pour ma part, cela me donne un sentiment de liberté que je trouve sans prix.
Fin de sermon pour aujourd'hui ?
Merci de votre patience.
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