Coco, j'aimerais essayer de dissiper le malentendu qui s'est creusé entre nous, et d'autres ?
Si je parle de la difficulté d'observation, (et d'analyse, comme tu le dis bien), c'est parce que je sais qu'un scientifique ne peut pas faire des observations sans avoir DEJA une idée de ce qu'il va trouver, et c'est là où le bât blesse, comme toujours. Le problème est insoluble : on ne peut pas observer sans avoir déjà une idée de ce qu'on va trouver, et avoir une idée déjà de ce qu'on va trouver s'appelle en quelque sorte un préjugé. Il s'agit des limites de la condition humaine, de mon point de vue. Libre à toi de penser que je "donne des leçons" en énonçant cela, mais si je le fais, il me semble que ces idées sont partagées par d'autres. Il faut de l'imagination pour avoir des idées de ce qu'on va trouver en observation. Et c'est bon d'avoir de l'imagination. Que serions-nous sans imagination ? La vie serait triste...
Pour l'observation, mon idole reste Konrad Lorenz, le grand patron et père de l'éthologie. Dans un livre que je vais retrouver cet été pour le (re)lire en détail, il raconte ses débuts avec les oies cendrées. Lorenz avait la chance de grandir avec un étang dans sa propriété, et très tôt il avait "adopté" une oie qu'il avait eue à la sortie de l'œuf, et qui le suivait partout dans sa maison. Il avait même aménagé l'escalier pour qu'elle puisse monter. Un homme très attachant, Konrad Lorenz. Un passionné. Pour ses qualités scientifiques, je retiens deux observations. La première : qu'il ne comprenait pas trop les expériences de conditionnement en laboratoire qu'il voyait prônées en faculté à son époque, par exemple. Il n'était pas un grand adepte des conditions de laboratoire pour observer le vivant, et je partage ses réticences. Ensuite, il avait passé beaucoup de temps "in situ" avec ses oies cendrées, qu'il différenciait bien. Un jour, il avait reçu chez lui un autre scientifique, qui, en apercevant une oie particulière, lui a fait la remarque que la vie de cette oie avait du être bien difficile, car il voyait les marques de souffrance sur son visage. Et Lorenz de confirmer que la vie de cette oie avait été bien difficile, car il la connaissait bien. Alors, il me semble à l'heure actuelle que nous sommes à mille lieux de pouvoir atteindre la qualité de ces observations, autant pour l'Homme que pour l'animal, et je le regrette. Pour moi, il s'agit de faramineuses capacités d'observation qui nécessitent la durée, la patience, la passion, même. Une grande générosité d'esprit, et d'imagination. Je regrette que je ne sais pas combien de chercheurs s'engagent dans ce type de démarche en ce moment. Quelques uns, peut-être, mais pas la majorité. Les scientifiques sont devenus pour beaucoup, des animaux de laboratoire, minés par les exigences démentiels d'un productivisme industriel quasi religieux. Pas tous, heureusement.
Pour le statut de la science à l'heure actuelle, je vais te demander : quand le parti d'opposition gagne les élections, et s'installe au pouvoir, est-il toujours le parti d'opposition ? Comment ? Il y a quelque temps on pouvait entendre différentes versions du mythe de la création du vivant, mais de plus en plus, on n'entend qu'une seule, et celle-ci est présentée comme la Vérité avec un "v" majuscule. Pour moi, la science prend la porte là où la Vérité prétend s'installer. Ce qui fonde la spécificité de l'approche scientifique du monde est la capacité de dire qu'on ne sait pas, et même, dans certaines conditions, qu'on ne peut pas, ou ne pourra pas savoir. Pas de "science" sans la possibilité de dire ce qui est en dehors de la science. A l'heure actuelle autour de moi, je vois que ces conditions ne sont pas remplies.
Enfin, je n'ai pas de photos à vous offrir sur ce site. Je n'ai pas voulu m'encombrer avec un appareil photo, les manips pour m'arracher les cheveux avec les hébergeurs d'image, les discussions interminables (pas ici, certes, mais ailleurs) sur la technologie. Les photos me sont insupportables depuis que je vois des masses de personnes agglutinées dans les musées ou des zoos, se comportant souvent comme des tribus de singes avec leurs appareils photos. Ces appareils dénaturent l'Homme, à mon avis, et je ne veux pas participer à cela. Je propose quelques textes, sortis de mon imagination, de mes réflexions, et observations, pour ceux ou celles qui s'y intéressent. Pour participer à ma manière, comme je le peux. Merci de votre compréhension, à tous.
Désolée pour la grosse tartine...
|