Un petit écrit... Ça fait bientôt une semaine que notre jars, Gaspard, n'est plus au lac qu'il a adopté il y a plus d'un an (deux ?). Une semaine qu'il est parti, comme il est arrivé, du jour au lendemain, sans crier "jars".
Notre petite ville était en émoi avec l'arrivée subite de ce jars, de nulle part. Les rumeurs fusaient : tantôt il avait traîné la patte lors d'un vol migratoire, et atterri chez nous in extremis. Tantôt il s'était échappé d'un élevage, et l'éleveur était venu le rechercher, mais Gaspard n'a pas voulu abandonner sa toute relative liberté.
La première année, il était en compagnie de vieux célibataires endurcis : un tadorne veuf, qui avait perdu deux compagnes (aux renards, on suppose, car qui sait en définitif ?), et un colvert mâle. C'étaient les trois "joyeux" lurons qui vaguaient ensemble sur notre lac, et se tenaient compagnie.
Le tadorne a disparu il y a plus d'un an (tout se brouille dans ma tête ; je n'ai pas de repères fiables pour ce genre de chose), et depuis, Gaspard s'était presque enraciné à côté d'une haute poubelle où quelqu'un a disposé une gamelle pour le nourrir avec des épluchures.
Gaspard était notre célébrité locale. (bien nourri, en l'occurrence). Il avait une sainte horreur et méfiance des chiens, dont certains ne pouvaient pas résister au plaisir de le chasser. Il montrait ses "dents" dès qu'il voyait un chien.
Mais quand mon mari et moi, on s'approchait, il lui arrivait même de fermer l'œil et fondre sous le plaisir de nos caresses ... verbales. Il était content de fermer l'œil et se sentir en sécurité dans un monde si hostile où le prochain chien n'était jamais très loin.
La semaine dernière, il y a eu une satanée course autour de notre commune, avec haut-parleurs, agitation, bien plus remuante et dérangeante que 50 chiens dans la journée, je le crains. Et depuis, Gaspard a disparu.
Suspens... Gaspard va-t-il revenir ? Il s'est déjà envolé (quand l'éleveur est venu pour le reprendre ?) et revenu. Il y a des rumeurs que quelqu'un aurait subtilisé Gaspard au moment de la course (pour le protéger, bien sûr, que ne ferait-on pas à l'heure actuelle pour protéger, je vous le demande ?) et que l'on entend, à la tombée de la nuit, avec son cri d'oie (tout sauf mélodieux, le cri de l'oie). Je plains les riverains si Gaspard crie à toute heure de la nuit, des fois.
En passant, j'ai énormément de respect pour Gaspard. J'ai toujours cru que les oies étaient des animaux presque moutonnesques, mais une oie qui dure presque deux ans en solitaire, sans semblable, et qui échappe aux bien intentionnés qui voudraient faire son bien, pour vivre sa vie, même à côté d'une poubelle, et bien, ça ne court pas les rues. Du moins, c'est ce que je me dis.
Plus indépendant que certains humains à l'heure actuelle, peut-être. Plus amoureux de la liberté. Reviens, Gaspard, tu nous manques !
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